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Réciter l'invocation à Patanjali est-elle une pratique religieuse?


Article apparu dans Yoga Rahasya Vol. 10, 3 - 2003 Traduction: Suzanne Walch

Il est devenu courant de commencer le cours de yoga en invoquant la bénédiction du sage Patanjali et il est également fréquent de voir la statue de Patanjali dans bien des salles de yoga. Cependant, nombre d'étudiants qui, de par le monde, rendent hommage à Patanjali se demandent s'ils adhèrent à une pratique religieuse lorsqu'ils récitent l'invocation ou s'inclinent devant sa représentation. Ils craignent d'être entraînés dans une pratique religieuse ou d'aller à l'encontre de leur propre religion. Yoga Rahasya a demandé des explications à Guruji à ce sujet afin de dissiper toute confusion.

La confusion vient d'un manque de compréhension. Respectez-vous ou non vos parents, ceux qui vous ont donné la vie? Vous les respectez. Est-ce que respecter ses parents est une religion? De même, lorsque vous commencez la pratique et que vous saluez celui qui vous a donné le yoga, est-ce une pratique religieuse?

Que faisons-nous donc lorsque nous récitons l'invocation? Nous prions celui qui a rédigé la grammaire, qui a écrit sur la médecine et sur le yoga, pour que sa bénédiction descende sur nous. Je ne comprends pas ce que la « religion» vient faire là-dedans.

Supposons que vous soyez très malade et que vous guérissiez - ne remercierez-vous pas le médecin qui vous a soigné? Ainsi, en priant Patanjali, nous exprimons notre respect à celui qui nous a donné la méthodologie pour appliquer les principes du yoga. Un sujet comme le yoga, qui apporte la santé du corps et de l'esprit, et la capacité à utiliser les mots justes, doit-il être limité à l'Inde ou à certaines personnes en Inde? Ne doit il pas s'adresser à l'humanité tout entière?

Il est même ridicule de penser que réciter une prière est un acte religieux simplement parce que celle-ci est en sanscrit. Si nous la récitions en anglais, cela deviendrait-il pour autant un acte religieux? Pourquoi les mots sanscrits sont-ils les seuls à être considérés comme religieux? C'est parce que l'on ne pénètre pas le sens et la profondeur des stances. Je suis navré que les gens pensent que prier Patanjali c'est faire acte de religion - lui qui nous montre la voie de la santé et du bonheur et qui nous guide dans la découverte de soi. Une idée aussi ridicule me fait rire.

Que signifie prier ou s'incliner devant la statue du sage Patanjali ?

Les serpents sont vénérés dans de nombreuses civilisations. Patanjali n'est rien d'autre qu'un avatar d'Ananta, le roi cobra et nous exprimons nos respects à cette statue. Encore une fois, je ne vois pas où est le problème. Patanjali est une incarnation d'Ananta, qui a pris forme humaine.

Les philosophes ont certaines notions et certaines idées. Un artiste représente ces idées sous forme d'images ou de statues. C'est ainsi que nous avons des représentations de Shiva, de Vishnu ou du Christ. Faut-il pour autant penser qu'ils ressemblent à ces représentations? Ce que nous voyons, c'est à dire, le cadre et la forme, sont les créations et les idées des artistes.

Les artistes indiens représentent Shiva en utilisant le vibhuti (1) horizontalement, et Vishnu, verticalement. Pensez-vous qu'ils étaient vraiment comme cela? C'est l'homme qui représente et donne forme à Dieu. Une représentation (akara) n'est rien d'autre que la description de sentiments personnels. Vous ne pouvez pas prier le Principe universel (mahat akasa). C'est pourquoi, le pouvoir de l'Univers est représenté sous la forme d'une statue sur laquelle on peut se concentrer. Le pouvoir de l'Univers entier (prana pratistha) est insufflé à cette statue. C'est ainsi que l'icône prend vie et ressemble à l'Univers qui n'a ni forme ni couleur.

Il est impossible à l'homme ordinaire de se concentrer sur ce qui est sans forme. C'est très difficile, et c'est la raison pour laquelle l'icône est nécessaire. C'est pourquoi l'homme du commun a appris à focaliser son attention sur une certaine forme. Ainsi il peut être absorbé, habité par cette forme et la rendre vivante, de telle sorte que son esprit, son corps et ses nerfs vibrent dans ce pouvoir qu'il n'avait jusqu'à présent appréhendé que par l'écrit.

Le sage Patanjali est un personnage historique, considéré comme l'auteur des Yoga Sutras ainsi que d'autres traités de grammaire et de médecine. Il existe des repères temporels de son existence sur terre, alors pourquoi prend-il une forme mythologique, moitié humain, moitié serpent?

Vous connaissez l'histoire de Gonika priant le Dieu soleil pour lui redonner toute la connaissance qu'elle détenait, car elle n'avait trouvé personne à qui la transmettre. Patajanli vint la voir sous la forme d'un serpent (Adishesha). Comment l'artiste dépeint-il le serpent lorsqu'il prend une forme humaine? Ainsi, la moitié du corps est- elle celle d'un serpent et l'autre moitié celle d'un être humain. Voilà l'idée.

C'est une erreur de se méprendre et de conclure hâtivement sans réfléchir au pourquoi et au comment. Patanjali était un serpent qui prit forme humaine, c'est pourquoi il est représenté mi-humain, mi-serpent. Que signifient les trois anneaux et demi? Ils expliquent qu'il a conquis et dépassé les trois gunas (gunatitan). Alors la kundalini (2) s'élève et unit la nature et le Soi. L'union de la nature (prakriti) et du principe spirituel (purusha) est considéré comme étant l'union du « champ" (kshetra) (3) et du « connaisseur du champ" (kshetrajña). Le yoga n'est rien d'autre que la conquête des trois gunas et le fait d'aller au-delà des trois états liés aux gunas. C'est ainsi que les philosophes préconisent de projeter les idées, et c'est ainsi que cette idée particulière a pris forme.

1) Traits tracés sur le front avec des cendres sacrées, horizontaux pour les shivaïtes, verticaux pour les vishnuïtes. 2) Energie subtile lovée à la base de la colonne vértébrale que la pratique du yoga éveille et fait s'élever vers les centres supérieurs. 3) Les termes samkhya «prakriti » (la nature) et «purusha» (le Soi) sont ici assimilés aux termes « kshetra » (le champ, c'est-à-dire le champ du connaissable, la nature) et kshetrajria (le connaisseur du champ, c'est-à-dire le principe spirituel, le Soi), employés dans la Bhagavad Gita, XIII, 1-6.

On ne peut rien apprendre dans ce monde si l'on n'a pas l'humilité nécessaire. A l'instant où vous pensez à Dieu, vous savez que vous êtes tout petit face à l'immensité de son Âme. Pour apprendre, vous devez « descendre ". Si vous pensez que vous êtes au sommet et que vous savez tout, vous ne pouvez rien apprendre. C'est en ce sens que chanter nous y aide.

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